La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) vient de publier un rapport sur les pratiques numériques des collégiens et la protection de leur vie privée. Fruit d’une enquête menée auprès de 130 élèves de collèges et de 600 parents, ce dossier de 48 pages explore un paradoxe saisissant : les adolescents sont à la fois omniprésents en ligne et profondément préoccupés par les risques associés à leurs données personnelles.

Les auteurs, Mehdi Arfaoui et Jennifer Elbaz , montrent que pour les jeunes, le numérique est d’abord un espace social où s’articulent identité, reconnaissance et appartenance au groupe. Dans ce contexte, partager des contenus ou échanger sur les réseaux est souvent perçu comme une nécessité relationnelle plutôt qu’un simple loisir. Mais cette hyperconnexion mêle vie privée et vie publique, brouillant les frontières que les adultes tentent de poser.

Bien que conscients des dangers — harcèlement, divulgation non souhaitée d’informations, etc. — les adolescents adoptent des stratégies de protection plus ou moins efficaces. L’enquête souligne aussi une « recherche contrariée d’accompagnement » : les collégiens plébiscitent une présence parentale qui les guide, sans pour autant vouloir être surveillés de manière intrusive.

Du côté des parents, le rapport statistique met en lumière un double mouvement : une majorité considère que leurs enfants sont vigilants dans la protection de leurs données, mais une part non négligeable souligne des pratiques de vigilance moyenne ou faible. Ce décalage entre perception parentale et réalité des usages questionne l’efficacité des stratégies familiales de régulation.

Pour la CNIL, ces résultats plaident pour une sensibilisation approfondie, un accompagnement éducatif renforcé et un débat public élargi sur la manière de mettre en place des environnements numériques réellement protecteurs pour les mineurs — enjeux déjà portés dans un projet européen de recherche-action

Recommandations des auteurs

  • Encadrer la capacité d’agir des mineurs en ligne pour tenir compte de leur niveau de maturité et des spécificités de l’adolescence.
  • Encourager les mineurs à exercer leurs droits relatifs à leurs données personnelles (accès, rectification, effacement, etc.).
  • Accompagner les parents et éducateurs dans l’éducation au numérique et la protection de la vie privée des adolescents.
  • Rechercher le consentement d’un parent pour les mineurs de moins de 15 ans lorsque des données personnelles sont traitées.
  • Promouvoir des outils de contrôle parental qui soient respectueux de la vie privée et de l’intérêt de l’enfant.
  • Renforcer l’information et les droits des mineurs par le design des services numériques (par exemple, interfaces claires sur la confidentialité).
  • Vérifier l’âge de l’enfant et l’accord des parents tout en respectant sa vie privée, afin d’éviter des traitements inadaptés ou abusifs.
  • Prévoir des garanties spécifiques pour protéger l’intérêt de l’enfant dans les services en ligne.

Ces recommandations visent à concilier autonomie, protection et respect de la vie privée des adolescents, tout en impliquant parents, éducateurs et plateformes numériques dans une démarche éducative et responsable.