Six mois d’enquête, 178 auditions, 31 000 contributions citoyennes : le rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, rendu public le 11 septembre 2025, ne laisse aucune place au doute. La plateforme chinoise, avec ses 25 millions d’utilisateurs français, constitue selon les députés « l’un des pires réseaux sociaux » pour la jeunesse.
Au cœur des accusations : un système algorithmique délibérément conçu pour capter l’attention des plus jeunes. Le rapport révèle que 64% des 11-17 ans consultent TikTok quotidiennement, y passant en moyenne 1h28 par jour. Certains adolescents interrogés évoquent même six à sept heures d’utilisation quotidienne.
Le document expose une réalité glaçante : contenus incitant au suicide, promotion de l’automutilation, troubles alimentaires, désinformation médicale… L’algorithme de recommandation enfermerait les mineurs dans des « boucles » de contenus toxiques. « Elle m’a dit de prendre une corde et un tabouret », témoigne ainsi un adolescent devant la commission, évoquant les vidéos « gravées dans sa rétine ».
L’audition du 15 mai 2025, moment fort de l’enquête, a réuni trois adolescents et huit familles « meurtries et endeuillées ». Ces témoignages ont révélé comment TikTok aurait conduit certains jeunes à la tentative de suicide ou à l’automutilation.
La commission pointe également les violations massives du Règlement général sur la protection des données (RGPD). TikTok collecterait des données « sensibles » sur l’état émotionnel des utilisateurs en analysant en temps réel leurs réactions. Les vérifications d’âge seraient largement insuffisantes, permettant aux mineurs de contourner facilement les restrictions.
Autre grief majeur : la modération défaillante. Malgré les règles affichées, les contenus dangereux prolifèrent. Les députés accusent la plateforme de trouver « un intérêt financier à mettre en danger les mineurs » tout en s’en défendant publiquement.
Le rapport formule treize recommandations, dont l’installation d’un « comité des usagers » jeunes, une fiscalité « pollueur-payeur » pour les plateformes, et en dernier recours, la fermeture définitive en cas de non-respect des règles.
Cette enquête transpartisane intervient dans un contexte politique tendu, où la ministre du Numérique Clara Chappaz a déjà réclamé l’interdiction du smartphone avant 11 ans et des réseaux sociaux avant 15 ans.