Interview de Candice Van Lancker, Directrice Programme IA de Confiance, Groupe VYV 

Pourquoi soutenir un média comme Pouce! aujourd’hui ?
Parce qu’aujourd’hui, l’hyperconnexion, les usages numériques et l’intelligence artificielle ne sont plus uniquement des sujets technologiques : ce sont des sujets de santé publique. Le numérique influence désormais le sommeil, l’attention, la santé mentale, l’estime de soi ou encore la qualité du lien social. En tant qu’acteur mutualiste de santé et de protection sociale, nous considérons qu’il est de notre responsabilité d’accompagner ces transformations et de contribuer à mieux informer le public. Dans un paysage numérique saturé de contenus non vérifiés, nous avons besoin d’alliés !

Pouce ! répond précisément à cet enjeu. C’est un média de prévention, pédagogique et accessible, porté par des experts et des scientifiques, qui aide à mieux comprendre les mécanismes de l’économie de l’attention, les effets de l’hyperconnexion et les usages numériques du quotidien. À l’heure où les fausses informations en santé font des ravages et tuent, ne l’oublions pas, nous avons un devoir collectif de soutenir les médias qui s’engagent activement à les combattre. Nous avons besoin de davantage d’espaces capables d’apporter des repères fiables, de valoriser les usages vertueux du numérique et de proposer des solutions concrètes.

La protection de la vie privée et les excès liés aux nouvelles technologies sont-ils devenus des enjeux majeurs pour le Groupe VYV ?
Oui, clairement. Nous sommes à un moment charnière où les technologies numériques et les IA conversationnelles s’installent profondément dans la vie quotidienne, notamment chez les jeunes. Aujourd’hui, les IA ne sont plus seulement des outils : elles deviennent parfois des interlocuteurs, des espaces de confidence, voire des formes de soutien émotionnel.

L’IA également est devenu un sujet sociétal ?
Oui ! Et les études menées par le Groupe VYV et la CNIL dans le cadre du programme AI*me montrent des évolutions très fortes : 86 % des jeunes Français utilisent déjà des outils d’IA conversationnelle et près d’un jeune sur deux les utilise pour parler de sujets personnels ou intimes. Certains les considèrent même comme un confident, un conseiller de vie ou un soutien psychologique.

Cela pose des questions majeures de santé d’abord, et effectivement profondément sociétales autour :

  • de la santé mentale et de la dépendance émotionnelle,
  • de la captation de l’attention et de ses effets sur le développement cognitif : un cerveau qui délègue à la machine apprend différemment, se souvient différemment, pense différemment,
  • du risque d’homogénéisation de la pensée, lorsque des millions de jeunes construisent leur vision du monde à travers les mêmes algorithmes et les mêmes modèles,
  • de la souveraineté sur les données intimes de nos citoyens, aujourd’hui captées à grande échelle par des acteurs dont les intérêts ne sont pas alignés avec ceux de la santé publique,
  • et plus largement, du rapport au lien humain et de la place que nous voulons laisser à la relation, à l’altérité, à l’imprévu dans la construction identitaire de notre jeunesse.

Pourquoi ces sujets concernent-ils directement vos adhérents ?
Parce qu’ils concernent désormais toutes les générations et touchent à des réalités très concrètes du quotidien : le temps d’écran, l’anxiété, les fake news en santé, l’isolement, la pression sociale, ou encore la manière dont les jeunes construisent leurs relations et leur confiance en eux.

Les parents, les enseignants, les professionnels de santé et les jeunes eux-mêmes expriment aujourd’hui un besoin très fort de compréhension et d’accompagnement. D’ailleurs, dans notre étude européenne menée avec la CNIL, 85 % des jeunes Français disent vouloir davantage d’informations sur l’IA, ses impacts et les bonnes pratiques à adopter. Les jeunes eux-mêmes ne sont pas dans un rejet de l’IA. 

Le sujet n’est pas d’être “pour” ou “contre” la technologie, il est pour plus de transparence, des garde-fous et de la pédagogie.

Comment le Groupe VYV agit-il concrètement ?
Nous avons choisi d’agir à plusieurs niveaux.

D’abord par la prévention et l’information, notamment à travers le soutien au média Pouce !, qui contribue à sensibiliser le grand public aux enjeux d’attention, d’hyperconnexion et d’usage responsable du numérique.

Ensuite avec AI*me , un dispositif porté avec la CNIL et plusieurs partenaires européens pour comprendre les usages réels des jeunes face aux IA conversationnelles, analyser leurs impacts sur la santé mentale, influer et construire des réponses concrètes en matière de prévention, d’éducation numérique et de protection des données.

L’idée est simple : ne pas attendre que les effets négatifs s’installent durablement avant d’agir. Nous voulons contribuer à construire une IA de confiance, plus éthique, plus transparente et plus protectrice.

Quel rôle un acteur comme le Groupe VYV peut-il jouer dans ces transformations ?
Le rôle du Groupe VYV est d’être utile. Cela signifie informer, prévenir, accompagner et porter un débat responsable sur les transformations qui impactent la santé et la société.

Nous pensons que la santé mentale et la protection de la vie privée sont désormais étroitement liées dans les usages numériques. Peu d’acteurs sont aujourd’hui capables de faire le lien entre santé publique, prévention, protection des données et enjeux éducatifs. C’est précisément l’espace que nous voulons investir.

L’enjeu n’est pas de freiner l’innovation. L’enjeu est de lui donner un cadre, une direction et une responsabilité collective, pour que la technologie reste au service de l’humain et non l’inverse.

Retrouvez les résultats de l’enquête Groupe VYV/CNIL sur la santé mentale des jeunes menée dans 4 pays européens